jeudi 15 octobre 2015

Jihâd

d'après une photo de Vincent L'Hostis

Je ne garde de toi que cette coquille
Vidée de cet amour que je t'avais offert
Ces sourires figés, ces airs si tranquilles
Qui sont loin à présent que je vis en enfer

Il me reste l'éclat de tes rires d'enfant
Qui, dans ma tête, résonnent encore
Aussi fort, aujourd'hui, que les cris étouffants
Des innocents que tu as condamnés à mort

Je voudrais retenir tes yeux bordés de larmes
Pour un genou griffé, une peine de cœur
Oublier les regards de ces femmes en pleurs

Je voudrais pouvoir, d'un mot, rompre le charme
Qui m'a ravi mon fils pour en faire ce tueur
Aveuglé d'inepties et assoiffé d'horreur


Brest - Châteaulin le 14 octobre 2015
http://vincent-lhostis.tumblr.com/
Modèle : Tima TheRedfish

vendredi 9 octobre 2015

Amaryllis (un certain 11 octobre)

à M-L
Les horizons de nos ciels irisés
S’enlacent, s’embrassent et s'embrasent
Laissant les sangs se lasser, épuisés
Des motions d'émotions qu’on arase

Les gouffres de nos cœurs finement ciselés
Se parent d'un noir profond qui répare
Les viles mille vies d’un instant morcelé
Qui souffre quand le jour à nouveau s'en empare

L’oubli est un repos que les cœurs guerriers
Déciment sans combattre
Les défaites ont des dates en dettes d’usurier
Dont le prix se paye sans débattre

Le triste mois précédant l’armistice
Détonne dans le gris de l’automne
Souvenir soliste entre les deux solstices
Qui s’étonne des chagrins autochtones

Mais la jovialité, soudain, retombe
Et rallie la lie de la réalité :
Un souvenir repose dans sa tombe
Sur son bonheur, aussi par la mort, alité.

Au musée, s’amuse alors Mona-Lisa
Silencieuse muse d’un des sens
De voir ce cœur qu’elle monopolisa
Sertir la douleur en toute indécence

Et le précieux joyau forgé si près du ciel
Étouffé à présent au profond des abysses
Brille sous les soleils noirs sacrificiels
D'artifices volés aux feux d’Amaryllis


Brest le 9 octobre 2015

mercredi 23 septembre 2015

Rue de la soif

Les habitants habituels
De la rue sombre de mauvais vins
Font de ses caniveaux actuels
Leurs ultimes profonds ravins

Ils s'égosillent et s'apostrophent
Tristes inégaux et pauvres gosses
D'une liberté qui ne leur offre
Que trop souvent coups, plaies et bosses

Ces recalés à satiété
Squattent le pavé, le bitume
Et le ban de notre société
Exclus déjà presque posthumes


Cluis - Brest - Châteaulin, 19-23 septembre 2015

lundi 14 septembre 2015

Aylan

(Le dormeur de la plage)

Il est allongé sur la plage
A quelques pas de l’eau
Du sel encore sur le visage
Et des algues sur la peau

Ses yeux sont grand ouverts
Sur l’horizon lointain
Et les bruits de la guerre
Se sont enfin éteints

Les caresses du vent
Ne font plus la moisson
Des rires de l'enfant
Ni du moindre frisson

Quand des bambins heureux
Font des jeux dans le sable
Aylan repose sous nos yeux
D'un sommeil insupportable


Brest-Châteaulin, le 14 septembre 2015

La plage

à Aylan, Galip
et tous les autres
La mer, méditerranéenne
A accouché au matin
Sans amour et sans haine
D'enfants qui n'étaient pas les siens

Des orphelins de vie
Bien avant d'être morts
Au néant, asservis
Sans avoir vu l'aurore

Brest, le 14 septembre 2015

mardi 8 septembre 2015

Chirurgie

Je veux que mes mains assassines
Déchirent ma poitrine
Et arrachent la douleur
Qui s'accroche à mon cœur


Saint Philibert, 29 juillet 2015

Coeurs arrêtés

Sur une idée de Naouelle, ma petite princesse aux oreilles percées...


Mon petit cœur chaud meurt
De fièvre en ta présence
Mon petit cœur chômeur
Crève de ton absence


Brest, le 30 mai 2015