lundi 10 mars 2014

Menue du jour

Seuls mes premiers mots t'intéressent
Après, tu ne les entends plus
Après mes premières caresses
Juste après que je t'ai plu
Seul le regard que je pose
Sur ta personne t'importe
Tous ces mots qu'à mes pieds tu déposes
Je le sais, resteront lettre morte
Car tu ne vois dans mes sourires
Que tes propos qui les provoquent
Et qui te disent - ô bel avenir!
Que c'est ce soir que tu me croques

Entre les entrées, les desserts
Pourquoi toujours le même plat
Servi à la lumière
D'une chandelle qui ne dure pas?
Mais la viande que tu préfères
Ne sera pas à ton menu
Il faudra plus qu'un ou deux verres
Pour espérer me manger crue

C'est ton reflet que tu admires
Dans ces yeux que tu complimentes
Tu sembles oublier qu'on soupire
Aussi quand on se lamente
Toi, tu les entends déjà dans ton cou
Après tes futures prouesses
Espérant surtout qu'après coup
J'en oublie tes promesses
Et ton regard bientôt descend
Enivré par le rouge de la nappe
Ton sourire même en devient indécent
Tu ne me regardes plus : tu m'enduis, tu me nappes!

Et puis la carte des desserts
Tant de sucre et de miel, ça me glace
Me voilà proie entre tes serres
Et tu redoubles d'audace
Entre un genou qui se rapproche
Et une main qui m'emprisonne
Ma mise à mort te semble proche
Et tu crois que je m'abandonne
Alors j'adore quand ton sourire
Brutalement se décompose
En m'entendant seulement te dire
"T'es bien gentil mais j'ai eu ma dose!"

Brest, le 10 mars 2014

lundi 6 janvier 2014

Backstage

Au Forban
et à ses muses

Loin des boites obscures
Les muses livrent sans cliché ni tabou
A cœur ouvert et corps couverts
Des maux d'elles, des mots mis bout à bout
Et cessent de n'être que créatures
Pour redevenir êtres entrouverts
 
Dans le regard qui les révèle
Et les recrée de poses en pauses
Pas de pervers parfois cité
Mais le voile dont elles rêvent, elles
Pour habiller leurs ecchymoses
Et réveiller nos cécités


Brest, le 6 janvier 2014

samedi 21 décembre 2013

Fumer tue!

Naissent et s'évanouissent
Leurs courbes voluptueuses,
Brunes et blondes s'épanouissent
En grises volutes tueuses
 
 
Brest, le 20 décembre 2013

lundi 9 décembre 2013

Fermer les yeux

Fermer les yeux pour ne pas voir qui tu embrasses
La moiteur du désir sur la peau que tu touches
Ce corps que, certainement, tes deux bras enlacent
Ces lèvres que tu goûtes et croques à pleine bouche

Fermer les yeux pour ne pas sentir la morsure
De la fureur qui m'envahit et me dévaste
Quand un sourire, soudain, éclaire ta figure
Et que le doute qu'il soit pour moi me parait bien trop vaste

Fermer les yeux pour ne pas voir les tiens s'ouvrir
Et chercher, par dessus mon épaule, l'inspiration
De ce baiser que tu sembles déjà vouloir offrir
Au souffle innocent d'une nouvelle aspiration


Brest, le 8 décembre 2013

dimanche 17 novembre 2013

Le dernier vol du phénix

Renaissance d'évanescence
La mort à nouveau s'annonce
D'un phénix qui renonce
A une dernière danse
Et dans l'ombre voilée
D'un nuage de brume
Son vol bientôt posthume
Endeuille mon ciel étoilé
 
 
Rennes et Brest le 16 novembre 2013

lundi 11 novembre 2013

Les bienheureux

pour Gwen
 
Dansent les bienheureux
Des nuits sans souvenir
Ephémères fiévreux
Dès que brille un sourire
 
Attirant la lumière
Et les regards envieux
De ceux qui font les fiers
Du haut de leurs vœux pieux
 
Ils dansent, innocents,
Insensibles aux moqueurs
Ils dansent et, s'enlaçant,
Se délivrent le cœur
 
 
Saint-Brieuc, le 8 novembre 2013

dimanche 20 octobre 2013

L’entre-deux mondes

Quand tu es rentrée le matin, nous avons bien pris soin de ne pas parler. Nous ne nous sommes pas non plus regardés. Chacun avait peur, semble-t-il, des choses que nous avions au fond des yeux. Nous avons bu notre café silencieusement, sans que l’un d’entre nous n’ait envie de briser cette gène qui nous enveloppait. Comme si nous trouvions du confort dans cet entre-deux mondes, celui d’hier et celui d’aujourd’hui.

Tu t’es levée pour rejoindre la salle de bain. J’ai débarrassé la table du petit déjeuner en prenant mon temps. Il me semblait que nous avions trouvé préférable de ne pas être ensemble dans cet endroit si exigu. Le miroir avait auparavant trop vu nos sourires se croiser : il se serait certainement brisé devant la fuite de nos regards.
Quand je t’ai entendu entrer dans la chambre, j’ai pris ta place. J’ai fixé ta brosse à dents tout le temps que j’ai passé à brosser les miennes, la rendant responsable de ce sourire que je n’avais pas vu aujourd’hui. Je savais bien pourtant, au fond de moi, qu’elle n’y était pour rien. J’ai déposé ma brosse à dents à coté de la tienne pour qu’elles puissent presque s’entrelacer.

Tu avais à peu prés terminé de t’habiller lorsque je suis entré dans la chambre à mon tour. J’ai enfilé rapidement mes vêtements afin d’éviter que tu me vois nu. J’ai pensé sur le moment que cela nous aurait embarrassé tous les deux. Je t’ai regardé à la dérobée lorsque tu es sortie. Je t’ai trouvé belle. Et ça m’a fait mal.
Je t’ai retrouvé dans la cuisine où tu nous avais servi notre second café. Tu as allumé une cigarette et m’a tendu ton paquet, toujours sans que nos regards ne se croisent, sans un mot. En le prenant, j’ai effleuré tes doigts et m’en suis excusé. Nous avons fumé en silence, les regards éperdument fixés sur des horizons trop proches.

Je t’ai surprise en te demandant quel serait le programme de ta journée. Ta réponse m’a permis d’entendre le son de ta voix pour la première fois depuis ton arrivée.
Et puis nous avons parlé. De tes collègues, du temps qui était prévu, des taches sur la nappe, de la vidange qu’il fallait prévoir, de l’augmentation du prix du carburant, du dernier livre d’Olivier Adam, de la déprime – certainement passagère – de Murielle, de mon boulot… Au fur et à mesure, parler devenait moins difficile. C’était comme une délivrance, un poids qui s’atténuait à mesure que les mots s’échappaient de nos bouches.

Tu as fini par regarder l’horloge de la cuisine qui indiquait l’heure proche du départ pour chacun d’entre nous.
Tu t’es levée pour mettre ton manteau. Tu as marqué une hésitation, dont je devais me souvenir longtemps. Comme un mot, une explication, une envie de venir vers moi. Nous sommes descendus ensemble jusqu’au parking où nos voitures étaient garées cote à cote.

Tu as passé ta main le long de mon bras avant de monter dans ta voiture. Tu n’as rien dit, tu ne m’as pas regardé. Tu as démarré et tu as quitté ma vie.